En quoi cette idée est-elle différente des pratiques existantes d’entreprenariat social ?
Une entreprise sociale a, au départ, une mission solidaire. Il s’agit de fournir des moyens financiers à une population pauvre (micro-crédit), d’apporter de l’électricité dans des régions reculées, de réduire la malnutrition (il s’agit ici de trois entreprises sociales créées par le plus extraordinaire entrepreneur social de notre temps, Mohammed Yunus).
Dans une entreprise sociale, le côté économique de l’entreprise est presque secondaire et s’efface devant la mission altruiste. Par exemple, le micro-crédit est au départ une initiative humanitaire et il a fallu des années avant de comprendre qu’il pouvait être une entreprise économiquement profitable.
Comme le dit Mohammed Yunus (Le Monde du 25/05/2008), « Les entreprises sociales ressemblent à des sociétés capitalistes classiques », mais elles ne le sont pas vraiment au fond, car « Elles se destinent à créer un bénéfice social pour une catégorie de population. » et « travailler dans une entreprise à vocation sociale ne vous rapporte aucun dividende. »
L’avantage numéro 1 d’une entreprise sociale, c’est que tous les partenaires de l’entreprise adhèrent à la mission solidaire. Une telle entreprise (dont la forme typique est une coopérative) est à même de rassembler un grand nombre de volontés, d’énergies. Elle a aussi, à travers ses actions, un impact direct sur la société.
Mais le plus souvent, le fait même que l’économique passe au second plan, implique qu’une entreprise sociale a du mal à peser économiquement et politiquement. Elle n’a pas une valorisation financière indexée sur la valeur du capital et c’est une des causes profondes de la fracture démocratique que crée la mondialisation. Le “monde solidaire” représente 30% de l’activité humaine, mais 0% de la capitalisation financière mondiale. Il n’a pas de poids financier et ne pèse que marginalement sur les grandes orientations économiques et politiques.
Les différences avec le Capital Altruiste.
Avec le Capital Altruiste, la mission de l’entreprise est de nature purement économique, il s’agit d’une entreprise “normale”.
Ce qui définit une entreprise altruiste, c’est simplement qu’une partie de son capital a été donnée à une cause. C’est à travers la structure de son capital qu’elle a une action solidaire.
Rien ne s’oppose à ce qu’une entreprise altruiste se donne en outre une mission sociale – de fait, beaucoup le font ou le feront puisque beaucoup d’entreprises initialement sociales sont appelées à devenir en plus altruistes (pour mieux se développer, trouver des moyens financiers, etc… Voir le cas de Goodaction).
Mais ce qui compte avant tout, c’est l’effet de levier créé par la participation au Capital. On n’exige plus rien de moral de l’entreprise elle-même. Il s’agit d’utiliser le retour financier du capitalisme pour lutter contre ses pires effets, puisque comme le dit si bien Yunus, « Le système est aveugle à toute autre considération autre que le profit ». C’est à travers l’augmentation de la valeur de l’entreprise que l’ONG actionnaire va être à même de mener son action et de peser sur le monde.
Un levier économique pour changer le monde
Le fond du problème actuel est économique et le levier apporté par le capital peut être immense. Toute entreprise, une startup, une banque, Total, L’Oréal peuvent un jour adopter cette structure (que ce soit sous la pression communautaire ou par idéalisme, que ce soit pour un montant très faible ou important de leur capital, peu importe).
Le Capital Altruiste est généralisable à l’ensemble de la communauté économique et permet au monde associatif de disposer de moyens (de faire du lobbying, d’entreprendre, etc…) adaptés et en rapport avec les moyens dont dispose le monde financier. Au contraire, il est très difficile, notez le, de trouver des idées économiquement viables d’entreprise solidaire.
Dans notre monde libéral et mondialisé, les chances de survie des entreprises sociales sont bien minces. Même si on a été capable de créer un concept viable, une entreprise sociale est souvent moins performante, au sens économique, qu’une entreprise normale (elle s’impose des normes éthiques, elle reverse une partie de son revenu…). Sa structure financière l’empêche le plus souvent de lever beaucoup de capitaux et de peser face aux gros acteurs économiques.
Par opposition, une entreprise altruiste est, par construction, efficace au sens économique du terme. Son efficacité se traduit par des dividendes, des plus-values, qui sont reversées aux ONG actionnaires. A court terme, les actionnaires altruistes bénéficient de moyens financiers puissants pour réellement modifier l’équilibre du monde, modifier la façon d’agir de la “main invisible” qui régit le marché. Le Capital Altruiste injecte une dose d’altruisme au coeur même du libéralisme.